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Rachmaninoff,
Reflets d'adolescence

Par Luc Fournier

 

Une petite carte postale 1900 coloriée du jardin de la Marine à Rochefort, là où j'ai rencontré le 3ème concerto

J' ai eu un premier contact avec son oeuvre en 1971 (j'avais alors 14 ans) : c'était le second concerto par Richter. Je me souviens d'avoir été fasciné, voire effrayé par ce déferlement musical, cette intensité expressive qui semblait me raconter des choses encore inconnues de moi.

L'année suivante, en 1972, j'ai connu le
troisième concerto par Weissenberg et l'orchestre de Chicago dirigé par Georges Prêtre. Ce troisième concerto m'a appris une immense chose : à trouver le bonheur en me sentant en phase, sur le plan sensoriel, avec mon environnement. J'habitais alors Rochefort (17), une petite ville perdue sur la Charente, non loin de l'Atlantique. J'ai compris comment le thème initial de ce troisième concerto, avec son côté fataliste et mélancolique, pouvait illustrer le roux des feuilles à l'automne sur les grands platanes devant la corderie en ruines (aujourd'hui restaurée...).

J'ai également une grande tendresse pour le
quatrième, sans doute le plus "cabossé" des quatre concertos. Pour moi, c'est un choc entre la Russie et l'Amérique où Rachmaninoff passera la fin de sa vie. Quand je pense qu'il a été commencé en 1914, je ne peux m'empêcher de penser aux évènements contemporains, si importants pour SR : la mort de son père, la mort de Scriabine (avez-vous ressenti la parenté harmonique entre les études de l'opus 65 et le premier mouvement de ce concerto?), la mort de Taneïev...Le 4ème, est selon ses commentateurs une oeuvre "sur le fil du rasoir", sans doute où Rachmaninov exprime le mieux la proximité de l'Eros et du Thanatos...J'ai pu récemment écouter la version 1926...Elle est encore plus pessimiste que celle de 1941...Mais quel chef d'oeuvre!

Je dois vous dire que, dans les années 70, aimer Rachmaninov n'était pas une sinécure! Qu'est- ce que je n'ai pas entendu : "musicien réactionnaire", "compose sans le savoir de la musique de film", "musique à peine de son pays d'origine et pas du tout de son temps" "musique pour snobs", etc...J'écoutais l'autre jour la transcription pour piano de "Daisies" op. 38...Certaine parenté avec Debussy (une autre de mes passions!).