Rachmaninov.fr

Horizon russe

Menu

Biographie
Biographie
et documents

 

Chronologie
Chronologie

 

L'univers de Rachmaninov
L'univers de Rachmaninov : Introductions à sa musique

 

Oeuvres
Présentations
des oeuvres

 

Vos expériences de sa musique
Vos expériences
de sa musique

 

Liste complète des oeuvres
Liste complète
des oeuvres

 

Bibliographie, discographie et liens internet
Bibliographie,
Discographie,
Liens internet

 

Livre d'or
Livre d'or

 

Plan du site
Plan du site

 

Contact
Contact

 

Oeuvres

 

Préludes

 

La grande réserve, C.D Friedrich

"Une petite pièce peut être un chef-d'oeuvre durable, tout à fait au même titre qu'une grande composition. [...] Quand j'écris une petite pièce pour piano, je suis entre les mains de mon inspiration thématique, qui doit se réaliser dans la brièveté et sans détours."
Rachmaninov

Puce Introduction

-------A la suite de Chopin, mais d’une manière plus libre et personnelle (les tonalités étant jetées dans le désordre), Rachmaninov termine en 1910 son dernier recueil de Préludes, opus 32, clôturant ainsi le cycle de 24 préludes commencé en 1903 avec les dix pièces composant l’opus 23. Le compositeur fait précéder ces deux opus du fameux Prélude en ut dièse mineur, de vingt ans antérieurs. L’essentiel, évidemment, se trouve dans les pièces suivantes, que ce soit pour la maturité du langage ou pour la sensibilité, mais on ne saurait passer sous silence une composition aussi importante dans la vie de Rachmaninov. L’auditeur exigeant et allergique aux excès romantiques pourra donc sauter cette première partie pour découvrir immédiatement les grands Préludes des opus 23 et 32. Quant aux autres, avertis par la présente introduction, peut-être pourront-ils apprécier à sa juste valeur cette pièce sans se leurrer de ses faiblesses.


Puce Prélude en ut dièse mineur
Présentation complète cliquez ici.


Puce Promenade à travers les opus 23 et 32

L’enchantement, pourtant, est ailleurs, ou plutôt plus tard : dans l’opus 23 et 32, comme Rachmaninov le note d'ailleurs lui-même :

Lorsqu'en effet j'appris l'immense succès de ce petit ouvrage [le prélude en ut dièse mineur] j'écrivis une série de dix préludes, mon opus 23, et pris la précaution de les faire déposer par un éditeur allemand. J'estime qu'ils représentent une musique bien meilleure que celle de mon premier prélude mais le public n'a pas paru disposé à partager mon point de vue.

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, Rachmaninov se promène, ainsi que Verlaine,

… dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

On l’imagine volontiers, en effet, dans la propriété d’Ivanovka, ou s’y promener par la pensée, nostalgique, durant son long voyage aux Etats-Unis en 1909. Et on inclinerait facilement à éclairer nombre de ses Préludes poétiques par des lumières déclinantes et dorées : celles des soirs bleus d’été, par exemple, pour les pièces composées d’août à septembre 1910. Bien entendu, Rachmaninov ne se départ pas de son apparente austérité, et c’est avec rigueur qu’il rappelle que le genre, tel qu’il le conçoit,

est une forme de musique absolue, destinée comme son nom l’indique, à être jouée avant un morceau de musique plus important ou comme introduction à une certaine fonction. La forme s’est toutefois étendue à de la musique tout à fait indépendante. Mais aussi longtemps que ce nom sera donné à un morceau de musique, l’œuvre devra, dans une certaine mesure, satisfaire à la signification de ce titre.

Seulement, la définition n’est ici qu’un point de départ, car bien souvent perce sous le morceau de « musique absolue » les dimensions d’un véritable Nocturne (par exemple le n°10 de l’opus 23, refermant le premier opus dans la méditation), d’une Romance (le n°6 de l’opus 23, taillé dans la même étoffe que la Romance de la Seconde suite pour deux pianos ou que le Second Concerto pour piano), d’un Scherzo, d’une peinture (ce qu’en somme André Lischke appelle un « kaléidoscope » d’états d’âme poétiques, montrant leur auteur sous ses divers aspects musicaux, psychologiques, techniques et sentimentaux). Ainsi, le réseau de sens de ces vingt-trois Préludes restant déploie des racines dans un univers beaucoup plus profond et plus dense que prévu et, dans celui-ci, l’astre qui, par gravitation ou par aimantation, fédère un grand nombre de compositions, reste la Russie. Nous parlions donc de peinture, et tel est le cas pour l’opus 23 - Youri Glebov le décrira même, éloquemment, comme étant

le sol originel russe… d’un paysage authentiquement russe, non pas imaginé par un esprit enclin ou pittoresque, mais perçu par l’âme sensible du musicien

, et à plus forte raison encore pour l’opus 32.
L’hypothèse est appuyée par une anecdote intéressante : c’est durant son épisode européen et surtout américain (en 1909) que Rachmaninov, nostalgique, composa « de tête » beaucoup des magnifiques pièces de l’opus 32, dont le langage, plus clair et épuré, sans circonlocution (comme il le souhaitait), marque l’aboutissement de l’opus 23 (en attendant, bien sûr, les ravissantes
Etudes-Tableaux). Son retour plébiscité et astreignant enfin derrière lui (composé essentiellement de concerts : il fallait faire découvrir au public russe le Concerto pour piano n°3), c’est au repos chez lui que Rachmaninov pu s’atteler à la composition de ses nouveaux Préludes. D’où, sans doute, la rapidité de leur écriture : les n°5, 11 et 12 furent ainsi achevés la même journée. Benno Moiseiwitsch, le célèbre pianiste, rapporte à ce propos une anecdote amusante sur l’un des plus beaux Préludes :

« Tout a commencé lors de mon premier voyage aux USA. Rachmaninov est venu à mon concert et m’a fait plein de compliments.
Il m’a dit : « Merci d’avoir joué mon
Prélude en si mineur. » J’ai dit : « Il se trouve que c’est mon préféré. » Il m’a répondu : « C’est aussi mon préféré ! » Ca a crée un lien d’amitié. Je lui ai demandé : « Aviez-vous un programme en tête en composant ce prélude ? » Il m’a répondu « Oui », de sa voix de basse. Je me suis dit : « Bien, j’ai marqué un point. » Je lui ai dit : « Je sais que votre idée n’est pas la mienne mais je sais que la mienne est correcte. » Lui : « Dites-là moi, je vous dirais la mienne. » On marchande un moment, et finalement, je dis : « Eh bien, moi, c’est une longue histoire … » « Alors », dit-il, « elle n’a rien à voir avec la mienne car elle ne tient qu’en un seul mot. » Consterné, je me suis assis et j’ai dit : « Pour moi, ça évoque le retour… » Là, il me coupe la parole : « Stop ». Je demande ce que j’ai dit de mal. Il me dit : « C’est ça ! C’est le retour. »

Et en effet, sous le carillonnement bouleversant de ses accords (qui semblent peindre la génération, la formation foudroyante et quasiment physique de la nostalgie), le Prélude n°10 opus 32, une des compositions les plus fortes de l’ensemble du recueil, fut inspiré par le tableau d’Arnold Böcklin intitulé Le Retour (le peintre allait d’ailleurs à nouveau inspirer le pianiste dans les Etudes-Tableaux et l’Île des morts). Dans un registre proche, le Prélude n°5 de l’opus 32, d'une rare douceur, également habité par une nostalgie défaite et profonde, témoigne cependant d’une affectueuse et charmante rêverie, avec ses sonorités enfantines et légères (peut-être la réminiscence d'une scène d'enfant ou de famille ?), avec sa « candeur délicieuse » (Guy Sacre).

Rachmaninov en famille

Bien entendu, l’allégresse éclot avec une égale intensité lorsque le musicien russe confère à sa musique sa verve typique et contagieuse. On ne saurait, par exemple, ne pas évoquer les Préludes n°2 et n°5 de l’opus 23, si souvent joués (et si Guy Sacre n’hésite pas à qualifier le n°5 de « marche de pacotille à l'espagnolade », il n’en garde pas moins un irrésistible pouvoir de séduction qui en a fait toute sa réussite) ou encore le carillon jubilatoire et effréné du n°3 opus 32. On a justement fait remarquer que l’enchaînement des pièces révèle de troublantes sautes d’humeur. Le premier Prélude de l’opus 32, par exemple, est vif et dynamique lorsque le second est laconique et évasif. De même, le trépidant n°6 opus 32 est encadré par deux complaintes très douces, des élégies. C’est que Rachmaninov n’a pas écrit son cycle comme une nouvelle, composée de différents chapitres, mais plutôt comme un recueil de poèmes dans lequel l’auditeur ou le musicien cueille selon son humeur. Mais ceci n’empêche pas le compositeur russe de donner une structure à son ouvrage, de manière à conserver l'attention de l'auditeur au cas où le pianiste joue le recueil dans son intégralité. Ainsi, si le premier opus se clôt dans la méditation, le second se termine, pour le bonheur du public, dans les majestueux accords du Prélude n°13, en forme d’apothéose.
Il s’agit donc, au final, d’un ensemble de vingt-quatre Préludes qui, bien que parfois assez inégaux, conservent une texture souvent plus complexe et plus longue que ceux de Chopin. Et puisqu’il s’agit d’un recueil, à vous, à présent, de cueillir dans ces deux jardins les fleurs qui vous conviennent le plus, comme nous venons de le faire.

 

Pour continuer la découverte …

Informations

Dix Préludes, opus 23.
Composés en 1903 (à l'exception du n°5 composé en 1901)
Dédiés à Alexandre Siloti.
N°1 : Largo en fa dièse mineur
N°2 : Maestoso en si bémol majeur
N°3 : Tempo di minuetto en ré mineur
N°4 : Andante cantabile en ré majeur
N°5 : Alla marcia en sol mineur
N°6 : Andante en mi bémol majeur
N°7 : Allegro en ut mineur
N°8 : Allegro vivace en la bémol majeur
N°9 : Presto en mi bémol mineur
N°10 : Largo en sol bémol majeur
Première exécution le 10 février 1903 à Moscou par le compositeur.
Publiés par Gutheil en février 1904.

13 Préludes, Opus 32.
Composés en 1910.
N°1 : en do majeur, Allegro vivace (30 août)
N°2 : en si bémol mineur, Allegretto (2 septembre)
N°3 : en mi majeur, Allegro vivace (3 septembre)
N°4 : en mi mineur, Allegro con brio (28 août)
N°5 : en sol majeur, Moderato (23 août)
N°6 : en fa mineur, Allegro appassionato (25 août)
N°7 : en fa majeur, Moderato (24 août)
N°8 : en la mineur, Vivo (24 août)
N°9 : en la majeur, Allegro moderato (26 août)
N°10 : en si mineur, Lento (6 septembre)
N°11 : en si majeur, Allegretto (23 août)
N°13 : en ré bémol majeur, grave (10 septembre).
Première exécution vraisemblablement à Saint-Pétersbourg.
Le 5 décembre 1911 par Rachmaninov.
Publiés par Gutheil en septembre 1911.

Extrait sonore
Cliquez ici pour accéder à l'extrait sonore.

Extrait vidéo
Cliquez ici pour visionner un extrait vidéo.