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Les
Opéras
Pour lexamen
final du Conservatoire, Rachmaninov devait composer un
opéra en un acte sur un poème de Pouchkine, Les
Tziganes. Ce fut Aleko, que le musicien
écrivit en lespace record de dix-sept jours (Arensky,
son professeur de composition libre, lui dit d'ailleurs
quà ce rythme, il pourrait composer 24 actes en
une année !). Lapprobation du jury fut unanime.
Grâce à lui, Sergueï obtenu en 1892 la Grande
médaille dor du Conservatoire avec une année d'avance
(cette médaille ne fut attribuée qu'à deux autres
étudiants dans l'histoire du conservatoire). Si Aleko
reçut un accueil enthousiaste et les hommages de
Tchaïkovski (durant la première, au Bolchoï, le
compositeur russe applaudit ostensiblement), il fut plus
tard rejeté par le compositeur :
Treize
numéros composent la partition d'Aleko, treize
numéros aux caractères flamboyants, inspirés mais qui
manquent encore d'affirmation et de caractérisation (en
effet, le livret ne suscite aucune véritable tension à
l'exception de deux scènes vraiment dramatiques : les
deux affrontements entre époux). Une musique sous
influence qui en appelle certes au Tchaïkovski d'Eugene
Oneguine, de Mazeppa, ou encore de la
Dame de Pique, qui venait d'être créée avec un
grand succès, mais qui témoigne aussi de la puissante
séduction exercée par les tziganes, sur le plan
strictement musical (mélodies orientalisantes, rythmes
des danses, parfois lancinantes, comme la Danse des
femmes écrite par le compositeur pour cet opéra)
ou idéologique, ceux-ci incarnant un monde sauvage où
la liberté fait loi. Car l'univers tzigane fut un
véritable phénomène de mode : toute la bonne société
moscovite de l'époque est séduite par l'indépendance,
la vitalité, la sensualité du monde bohémien (si bien
que Rachmaninov dédia sa première symphonie à la tzigane Anna Lodijenskaïa). Histoire
Parmi les trois pièces que nous observons dans cet article, Le Chevalier Ladre (ou Le Chevalier Avare, ou encore Le Chevalier Misérable) fait souvent figure de chef-d'oeuvre au goût amer, tant on pressent la fructueuse réussite qu'aurait gagné Rachmaninov à user d'un livret plus ample et divers sur le même argument. Car l'oeuvre démontre à elle seule le sens dramatique du compositeur. L'histoire reprend, en quelque sorte, les thèmes de l'Avare de Molière, mais dans une version hautement plus héroïque, tourmentée, orageuse. Il s'agit d'un Harpagon dépeint par la littérature slave (en l'occurrence par Pouchkine, à nouveau, dont le texte est repris quasiment littéralement par le compositeur), un Harpagon souterrain, tragique, lyrique. Pourtant si le personnage central est très haut en couleur et en motif, la nouvelle de Pouchkine n'a rien d'une pièce faite pour la scène : lourds et longs monologues, peu de dialogues entre cinq personnages uniquement masculins, absence de choeurs, pas d'histoire d'amour (on comprend donc que l'oeuvre du compositeur échappe quelque peu aux canons du genre. Est-ce encore un opéra ? Ou une étude psychologique ?). L'oeuvre tient en un seul acte de trois tableaux dont le central, brûlant, dure près de vingt minutes. Il s'agit pourtant du coup de force lyrique de l'oeuvre, d'une écriture particulièrement animée, explosive, que la basse (Rachmaninov l'avait d'ailleurs composé à l'origine pour Chaliapine) affronte avec beaucoup de difficulté, tant le feu de ce monologue change incessamment de degrés, d'intensité, de lumière. Enfin, il faut noter l'importance capitale et symbolique de l'orchestre, protagoniste à part entière, qui vient pallier la brièveté du texte (si bien qu'on a pu parler "d'opéra symphonique").Pourtant, il ne s'agit pas d'une simple astuce sonore, les introductions orchestrales du premier tableau et du monologue central sont parmi les plus belles compositions de Rachmaninov, aussi ténébreuses et riches que l'Île des morts ou que la Seconde symphonie, postérieures chronologiquement parlant. L'oeuvre fait donc plus figure de drame symbolique, de drame intérieur où le dénouement restitue admirablement l'humour amer, le ton de fable morale de la "petite tragédie" de Pouchkine. Histoire
L'usage de l'orchestre
se trouve aussi capital et réussi dans Francesca Da
Rimini (en particulier dans le sombre et volumineux
prologue de près de vingt minutes, un véritable chef-d'oeuvre).
Mais il s'agit à nouveau d'un palliatif - certes
impressionnant - tant le livret, comme pour le
Chevalier Ladre, se résume à peu de choses (c'est
la raison pour laquelle ce saisissant prologue fait
entendre un long choeur "bouches fermées", le
librettiste, en l'occurrence Modest Tchaïkovski, le
frère du compositeur, étant incapable de fournir le
moindre texte pour cette partie). L'épisode, magnifique,
des amours maudits de Paolo Malatesta et de Francesca Da
Rimini est l'un des plus célèbres de la Divine
Comédie de Dante, et il avait déjà inspiré deux
grands compositeurs romantiques : Liszt, dans l'épisode
central de l'Enfer, premier volet de sa Dante-Symphonie,
et Tchaïkovski, dans sa grande Ouverture-Fantaisie,
qui est en fait un poème symphonique. Si l'inspiration n'a
pas fait défaut à Rachmaninov, le livret manque
cependant d'étoffe, de gravité, de digression même (il
semble d'ailleurs qu'un long désaccord entre le
librettiste et le compositeur soit responsable de l'aspect
lacunaire de l'oeuvre). Comme lécrit Piotr
Kaminski :
L'opéra se réduit au final à deux tableaux (représentant, en manière de flash-back, le passé et le présent), dont le premier est occupé par le long et ténébreux monologue de Lanceotto Malatesta. Le second tableau (dont une partie fut composé en juillet 1900, après les trois années d'apathie succédant à l'échec de la première symphonie), qui met en scène le duo d'amour impatiemment attendu entre Paolo et Francesca, se réduit à deux longs soliloques. Quant au meurtre des amants, il est suggéré en quelques secondes et s'enchaîne directement sur un bref épilogue. Histoire
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