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« Que
peut-il y avoir de plus tragique que de percevoir la
beauté infinie de ce qui nous entoure, mais de ne
pouvoir exprimer cette forte sensation et de comprendre
ainsi toute notre impuissance ? » « Par
un prestige inconcevable, la musique semble mettre
lil dans loreille » -------La fréquentation de luvre du
compositeur russe est aussi, lauditeur en
conviendra, une expérience dordre pictural parfois
très intense : les deux mouvements lents des deux
premiers concertos, le Larghetto de le Première
Symphonie ou
encore lAdagio de la seconde nous le confirment. Comme lécrit
Michel-R. Hofmann, cest toute
qui chante dans les amples développements des mélodies de Rachmaninov. Et sil existe un peintre qui, à la manière du pianiste, a cherché à réaliser dans son art une synthèse des « traits intimes, troublants et souvent tristes qui caractérisent le paysage russe », comme il lécrit luimême, cest bien Isaac Levitan. Il y a une communauté esthétique entre les deux artistes, non quils aient appartenu à une même école, ni quils se soient tant fréquentés (on suppose tout du moins quils se sont connus), mais bien parce que, dans ce dix-neuvième siècle finissant, ils incarnent tout deux un art essentiellement russe et lyrique, comme nous allons le voir. Comme nous venons de le dire, il y a une proximité spirituelle, poétique et esthétique entre Rachmaninov et Levitan : on peut véritablement les éclairer mutuellement (ce qui est une expérience que nous vous proposons : entendre la musique de Levitan, observer la peinture de Rachmaninov en associant ces deux activités). Ainsi, Levitan fut un paysagiste lyrique remarquable, lun des plus grands du XIXe siècle, un maître des paysages datmosphère, dans lesquels les grands espaces infinis de la nature russe sont souvent teintés de tons élégiaques et mélancoliques. Lorsquil s'installa aux abords de la Volga, il peignit les paysages riverains avec une réalité et une poésie inégalées. De caractère mélancolique et de santé fragile, le peintre connut par ailleurs des amours contrariées, voire dramatiques. Après plusieurs alertes, il mourut en 1900, d'une crise cardiaque, alors qu'il venait d'avoir 40 ans. Il nous reste ces tableaux des bords de la Volga qu'il peignit lors de son séjour à Plios, sans doute la période la plus sereine de sa vie. Voyant son tableau Soir sur la Volga, Anton Tchékhov, chez qui le peintre fit de fréquents séjours, a dit qu'un "sourire était enfin apparu sur ses toiles". Anton Tchékhov,
qui trouvait dailleurs dans Levitan lénoncé
explicite et formel de ce quil ressentait de
manière diffuse, Tchékhov serait à proprement parler
le troisième terme de cette communauté esthétique
puisque, outre Levitan donc, Rachmaninov appréciait
beaucoup lécrivain qui fut pour la petite
histoire lun des premiers à lencourager. Le
compositeur russe envisagea même dadapter Oncle
Vania à lopéra. De plus, une autre personne
dimportance gravite autour de nos trois personnages,
puisquil est à la fois l'ami de Levitan et de
Rachmaninov et aussi un grand artiste, la célèbre basse
Fedor Chaliapine.
Enfin, ce qui les
apparente se trouve également dans le style, car tous
les deux ont cherché à renoncer aux descriptions
prolixes au profit d'une représentation dépouillée du
superflu, spontanée et émotionnelle (ce que Rachmaninov
acquerra tant bien que mal avec le temps). Surtout, dans
l'expression de la nature, quand la désolation devient
solennelle et l'immensité grandeur, ils expriment la
condition de l'homme, grand sujet de réflexion des
intellectuels de l'époque. La nature est présentée par
le prisme d'une expérience humaine personnelle et on
peut à proprement parler dune interprétation de
la nature par lartiste (Goethe ne disait-il pas à
ce propos que lartiste est le meilleur exégète de
la nature ?). Par conséquent les paysages de Levitan
sont souvent philosophiques et psychologiques. La
complexité de l'âme humaine et le destin de l'être
humain sont les sujets vrais de ses travaux. Pour plus dinformation, vous pouvez consulter le livre Isaac Levitan, le Mystère de la nature, Alexei Feodorov-Dovydov, Editions Parkstone Aurora, 1995.
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