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Etudes-Tableaux
=
Cet
article est une ébauche à compléter,
Veuillez nous excuser.
« Après
tout, dire ce quon a à dire, et le dire sans détours,
lucidement, est encore le plus grand problème que puisse
affronter un artiste. »
Rachmaninov
Introduction
-------Rachmaninov a toujours
recherché, à linstar de Chopin quil
admirait, un art du miniature, des petites formes. Tant
par souci dexpérimentation (le renouvellement
musical à jour dans les Etudes-Tableaux est,
techniquement, irréprochable, nous allons le voir) que
par désir poétique. Pour le comprendre, observons par
exemple le second recueil des Etudes-Tableaux (opus
39).
Publié en 1917, lopus 39 est la dernière grande
composition écrite par Rachmaninov en Russie,
composition qui annonce déjà, avec la symphonie chorale
les Cloches (1913), une évolution par
rapport à ses uvres précédentes vers davantage
de réserve et de dépouillement. Le compositeur russe
avait dailleurs écouté avec attention les oeuvres
de ses jeunes contemporains (comme Sergueï Prokofiev),
et avait étudié les travaux de Scriabine en vue
dune tournée commémorative en son honneur. Le
pianiste russe (auteur de nombreux Préludes, Etudes
et Poèmes) décéda en effet une année avant
la première ébauche du recueil (on peut dailleurs
supposer que sa mort, ainsi que celles de son ancien
professeur de musique, Sergueï Taneïev, puis,
lannée suivant, de son père, sont sans doute à
lorigine de lunivers secrètement tragique et
désenchanté de ce second cycle, composé du reste dans
un état danxiété, en pleine première guerre
mondiale). Si on ajoute à ces quelques pistes
dexplication, la maturité - quelle soit
personnelle ou technique - du compositeur, résulte un
recueil intense, épuré, intime mais non lyrique. Ceux
qui pensent que Rachmaninov, en tant que compositeur,
sest égaré dans la modernité naissante après
avoir laissé la Russie en 1917 feraient bien
découter ou de réécouter ces morceaux. Car ils
montrent quil expérimentait de nouvelles formes -
claires, contenues, sensuelles - avant la révolution
bolchevique, et illustrent combien son observation des
tendances musicales de son époque a influencé
lélaboration formelle de ses futurs travaux.
Comme les sujets sont imposés,
en quelque sorte, par les associations imaginaires,
sensuelles et sonores du compositeur dans son propre
quotidien, il ne sagit pas de la traduction sonore
des impressions données par une uvre picturale
existante (comme lavait merveilleusement fait
Moussorgski dans les Tableaux dune exposition)
mais bien de la mise en forme musicale et pianistique de
ce qui aurait pu donner matière à une toile. Nous
écoutons ce quun peintre aurait joué si un piano
avait tenu lieu de pinceau et de palette dans le berceau
de son talent.
Aperçu de quelques pièces
Cest sur le modèle du bouquet que se présente ce
recueil de « tableaux », comme ces albums de poèmes
où chaque pièce représente comme autant de
photographies éparses, saisissant les moments, les
instants, les aller et venues dun esprit sensible,
nostalgique, visionnaire.
Dans les Etudes-Tableaux, comme passant d'un
lyrisme parfois démesuré à la prose, du roman à la
nouvelle (la forme rappelle également les Petits
poèmes en prose de Baudelaire), Rachmaninov compose
une musique revigorante, parfois badine (par exemple, létude n°1 opus 33 et n°4 de lopus 39, souriantes et entraînantes),
songeuse (la magnifique n°7 de lopus 33), narrant parfois une histoire
(la n°6 opus 39 serait inspirée par le conte
du petit chaperon rouge), décrivant une courte scénette
(la n°6 de l'opus
33 nous immerge
dans une « fête foraine ») et brusquement exaltée (la
n°5 opus 33, surnommée en Russie la «
Tempête de neige »), sérieuse (avec sa fulgurante
ouverture, presque mystique, létude n°3 opus 39, une des plus belles), violente
(létude n°8
opus 33, tragique
et lyrique).
Pièces esthétiques donc, élégantes, légères, mais
aussi profondément poétiques, « superficielles
par profondeur », en quelque sorte, comme
laurait dit Nietzsche.

Et si,
comme nous le voyons, nous avons bel et bien affaire à
une suite pour piano de différentes aquarelles (comme
par exemple létude
n°2 opus 33 et 39), eaux-fortes, gravures, soliloques agités et
passionnés (ainsi de la n°5 opus 39, que l'on a rapproché du tonitruant Vingt-quatrième
Prélude de Chopin, dune écriture imposante
et ardente), sans doute doit-il exister différents
arguments à leur origine. En 1919, lorsquun
journaliste américain demanda à Rachmaninov quel était
le thème dinspiration de ces pièces, le pianiste
d'Oneg fit une réponse quil aura souvent
loccasion de répéter quand on le questionnera sur
son uvre :
| Ceci
mest personnel et ne concerne pas le public.
Je ne crois pas quil faille quun
artiste révèle trop ses images. Laissez le
public imaginer ce que cela lui suggère. |
Cependant,
en 1930, à loccasion de lorchestration de
certaines Etudes-tableaux par le compositeur
italien Ottorino Respighi, le compositeur russe lui
exposa quels programmes étaient à lorigine de
leur composition :
| - La
première étude en la mineur (opus 39 n°2) représente la mer
et les mouettes (idée suggérée par Madame
Rachmaninov). |

- La
seconde étude en la mineur (opus 39 n°6) fut inspirée par
le conte du petit chaperon rouge et du loup.
-La quatrième étude en ré majeur (opus 39 n°9) lui ressemble et
se rapproche du style dune marche orientale.
- La cinquième étude en do mineur (opus 39 n°7) est une marche
funèbre. Le thème initial est une marche.
Lautre thème représente le chant
dun chur. Au début, on suggère une
fine pluie incessante et sans espoir (en do
mineur puis, plus loin, en mi-bémol mineur).
Puis, culminant en do mineur, les carillons
dune église. Le finale reprend le 1er
thème : une marche. |
Ajoutons que cette dernière étude semble avoir été
inspirée par les funérailles de Scriabine, auxquelles
Rachmaninov assista aux cotés de son ancien professeur
du conservatoire, Sergueï Taneïev (celui-ci décéda dailleurs
à la suite dune maladie contractée en assistant,
dans un grand froid, à ces funérailles).
Enfin, notons que létude
n°1 de lopus 39, avec
le violent et jubilatoire contraste de ses arpèges, est
inspirée par le tableau La tempête dArnold
Böcklin (peintre que le compositeur appréciait beaucoup,
et dont une des toiles est à lorigine de son poème
symphonique lÎle des morts).

Informations
Etudes-Tableaux,
Opus 33
Composées en 1911.
N°1 : en fa mineur, Allegro non troppo
(11 août)
N°2 : en do majeur, Allegro (16 août)
N°3 : en mi bémol mineur, non Allegro,
presto (23 août) (utilisée dans la fin du mouvement du Quatrième
Concerto).
N°4 : en mi bémol majeur, Allegro non
fuoco (17 août)
N°5 : en sol mineur, Moderato (15 août)
N°6 : en do dièse mineur, grave (13
août)
Trois autres études prévues pour cet opus 33 furent
enlevées de ce groupe par le compositeur avant la
publication (elles ne seront publiées qu'en 1948) :
- l'étude en la mineur (qui sera publiée dans l'Opus 39
n°6)
- l'étude en do mineur (du 18 août 1911)
- l'étude en ré mineur (du 11 septembre 1911)
Neuf Etudes-Tableaux, opus 39.
Composées de 1916 à 1917.
N°1 : en do mineur, Allegro agitato (5
octobre 1916)
N°2 : en la mineur, Lento assai.
N°3 : en fa dièse mineur, Allegro
molto (14 octobre 1916)
N°4 : en si mineur, Allegro assai (24
septembre 1916)
N°5 : en mi bémol mineur, Appassionato
(17 février 1917)
N°6 : en la mineur, Allegro (du 8
septembre 1911, révisée le 27 septembre 1916).
N°7 : en do mineur, Lento Lugubre.
N°8 : en ré mineur, Allegro Moderato
N°9 : en ré majeur, Allegro Moderato,
Tempo di marcia (le 2 février 1917)
Première exécution de l'oeuvre complète à Petrograd
le 21 février 1917 par Rachmaninov.
Publiée par les Editions de Musique Russe, le 9 octobre
1920.
Extrait
sonore
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