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Troisième concerto pour piano
« Le
premier thème de mon Troisième Concerto
nest emprunté ni au chant populaire, ni à la
musique déglise. Il sest tout simplement «
composé lui même » ! [...] je ne pensais
quà la sonorité. Je voulais « chanter » la
mélodie au piano... et lui trouver un accompagnement
adéquat... Rien de plus ! »
-------Autant louverture du Second
Concerto était dramatique et grave, autant le Troisième
Concerto débute comme in medias res dans
une calme et sereine promenade rurale ou maritime, autour
dune longue phrase mélodique, discursive, gaiement
entonnée par le piano, qui a sans doute beaucoup fait
pour la célébrité de la pièce :
Mesures
vocales, chantées avec les doigts, comme le souhaitait
Chopin, aux accents slaves (voire orthodoxes, le
musicologue Joseph Yasser trouvera dailleurs un
cantique russe fort ressemblant), qui reparaîtront en
divers endroits de la composition, afin de fédérer une
uvre complexe, imposante et magistrale.
Imposant,
car le troisième concerto est lun des
plus longs du répertoire (près de 40 minutes, malgré
les coupures envisagées par le compositeur) et sans
aucun doute le plus difficile et le plus technique (dimension
que le film Shine a largement popularisée). C'est
d'ailleurs la principale critique émise dès sa
création, et renouvelée depuis. Cioran la résume ainsi
dans ses Cahiers : « A part quelques
moments très beaux, beaucoup de remplissage qui gâte le
morceau ». En outre, la partie pianistique est
redoutable, y compris pour Rachmaninov lui-même (il
répéta d'ailleurs inlassablement la partie solo sur un
piano « muet » pendant la traversée de
lAtlantique). A ce propos, le New York Herald
rapporta cette anecdote amusante, le lendemain de la
première :
Josef
Hofman, dédicataire de luvre et formidable
pianiste, refusa dailleurs de créer
luvre sur linvitation du compositeur,
évoquant la difficulté de la pièce, sorte de symphonie
pour piano, ou de "Concerto éléphant" comme
le note avec amusement Arthur Rubinstein.
Malgré cela, luvre est une de ses plus grandes réussites orchestrales. Après la ré-exposition du thème dans le premier mouvement, accompagné d'un cur de timbales comme vibrant dinquiétude, le piano ne poursuit plus la belle promenade entonnée précédemment et se réfugie brusquement dans une rafale darpèges. Lorchestre semble alors comme haleter. Le piano lui-même seffondre, et léphémère révolte est recueillie par un cortèges détranges violons (ainsi que lécrit Jean-Louis Foucart, la composition sorganise dans les mouvements « dun long ruban musical qui monte, enfle telle une marée jusquà son point culminant », et on sait quelle place occupe cette conception dune culmination dans lesthétique du compositeur, « pour redescendre ensuite »). Luvre repart comme défigurée, chancelante, le beau fleuve dor qui coulait jadis laisse la place à un pianiste peinant, entre deux chutes, à gravir la mélodie. Puis, les lumières de lorchestre séteignent peu à peu, non sans proposer une ultime fois au piano leur aide. Il refuse, sommant quon le laisse seul. Lunivers séclipse, la cadence débute.
Une
cadence est, dans le répertoire concertant, un passage
uniquement joué par le soliste. Rachmaninov en a
composé deux : lOssia, qui est la cadence
originale, grandiose, terrible et magistrale, éruption
darpèges, et une seconde, plus courte, apparentée
à un Scherzo, moins tragique (à noter cependant que les
deux cadences se confondent dans la partie finale). Sur
ses enregistrements, il joue la plus courte, notamment
pour des raisons déconomie de temps, le format
denregistrement de lépoque étant plus court
quaujourdhui, mais également pour une
question de forme et dunité de luvre.
LOssia, suprême protestation, est une avalanche
fulgurante et impressionnante de notes. Horowitz, qui ne
la jouait pas, disait quil ne fallait pas clore le
concerto avant quil ne soit fini. En effet, la
cadence originale est un morceau phénoménal, un des
plus imposants dans son genre, qui intervient au milieu
du tout premier mouvement du concerto. Elle fut donc vite
remplacée (pour l'histoire, seul André Watts "combina"
les deux cadences dans son enregistrement du troisième
concerto) Le problème qua posé le piano à lorchestre dans le premier mouvement nest pas résolu à louverture du second, comme invitent à y penser les premières voix, dramatiques, des cordes. Le piano lui-même nentre quà la trente et unième mesure dans un fracas sombre et grave. Mais la réconciliation entonnée dans ce beau et long mouvement ne servira que dun intermède (« Intermezzo » est-il écrit) à une nouvelle frénésie rythmique et trépidante, comme Rachmaninov sait les confectionner pour ses finales de concertos et quil porte sans doute ici au sommet. Le troisième mouvement est joué sans interruption et souvre sur un dialogue entre lorchestre et le piano mémorable et virtuose, dun dynamisme hors du commun. Extatique, rhapsodique, le concerto se termine alors, après moult variations et digressions (comme cette courte et soudaine « marche » de la section 69 à 71, irrésistible), sur les envolées festives voire héroïques dun orchestre jubilatoire et triomphant et dun pianiste amusé et séduisant (le dénouement de ce Concerto sert d'ailleurs de générique à l'émission de Patrick Poivre d'Arvor, Vol de nuit).
Informations Extrait
sonore Extrait
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